Blue Bees, l’agroécologie made in Versailles

Agnès Benoit Agnès Benoit - 18 juin 2018

Depuis que l’ancien hôpital Richaud a cédé sa place à un ensemble de bâtiments flambant neufs, signé du célèbre architecte Jean-Michel Wilmotte, on se demande souvent qui les occupe. Une crèche, un bel espace culturel, des professions libérales…pas seulement. Depuis 2014, la plateforme de crowdfunding Blue Bees s’y est installée, dirigée par la Versaillaise Emmanuelle Paillat, qui finance et promeut dans toute la France des projets agroécologiques, en lien avec le vivant, au service des hommes et de la Terre. Portrait.

Crédit : Blue Bees

Chasseuse de carbone

« Ma mère était professeur d’anglais à Ginette, j’ai fait La Bruyère, Grandchamp… J’y vis, oui je suis une pure Versaillaise » rit Emmanuelle Paillat qui a travaillé dans le commerce équitable puis a imaginé, en 2007, toute la comptabilité CO2 de la société Nature & Découvertes, une première en France. « Le journal Libération m’avait consacré un article La trackeuse de carbone, nous étions totalement pionniers dans cette démarche environnementale de comptabiliser, dans une entreprise, toutes les émissions de gaz à effet de serre, de la fabrication des produits au packaging en passant par les transports, et d’y consacrer un poste entier ! » explique Emmanuelle. Elle se spécialise ensuite dans le calcul complexe de ces bilans carbone pour de nombreuses sociétés et institutions, et à titre personnel, préfère prendre le train pour Madrid que l’avion, quel exemple !

Blue Bees, une plateforme de crowdfunding inédite

« Puis j’ai rencontré Maxime de Rostolan, le fondateur de Fermes d’avenir, qui créait à l’époque la Ferme de la Bourdaisière, dans le domaine du Prince jardinier, Louis-Albert de Broglie, avec les principes de la permaculture », raconte Emmanuelle. »Il avait imaginé une plateforme de crowdfunding très avant-gardiste, Blue Bees, qui aidait essentiellement des projets africains car il était alors interdit en France de prêter à des personnes morales. Maxime avait réalisé un tour du monde autour de la thématique de l’eau, et découvert qu’entre les petits projets micro-financés et les très gros soutenus par la Banque mondiale, l’AFD, l’Agence Française de Développement, il n’y avait pas grand chose. L’association avait déjà financé pour 100 000 euros de projets lorsque je suis arrivée ». Emmanuelle Paillat aide Maxime à sélectionner des projets africains et se tourne naturellement vers l’ancien président de la fondation Nature & Découvertes, et créateur de la société du même nom, François Lemarchand, pour sa connaissance du monde associatif en Afrique. Coup de coeur de François pour ce projet qui devient une plateforme désormais dédiée à 100% à l’agroécologie, avec des aides sous forme de prêts, ou de dons, lorsque les créateurs ne sont pas très expérimentés ou le projet pas tout à fait mûr. En 2014, une loi permet enfin aux Français de prêter de l’argent à des associations ! Emmanuelle devient la directrice de Blue Bees, dont elle développe la V2, et s’installe à Richaud.

Au service du progrès et du vivant

« Blue Bees, ce sont des projets du champ à l’assiette, on aide aussi bien des néo-ruraux que des paysans de souche issus du milieu agricole », nous explique Emmanuelle. » Aujourd’hui 80% des projets sont français et à 95 % bio ! Ce sont souvent des jeunes, plutôt connectés puisqu’ils ont entendu parler de nous. Notre spectre est large : du financement des Water Cube en Afrique, des fontaines à eau potable qui fonctionnent sans électricité, aux ruches de l’école Steiner à Verrière-le-Buisson, d’un Jardin botanique au Pérou aux Retoqués, un formidable projet anti-gaspi. On joue aussi un rôle solidaire lorsque des maraîchers sont inondés, des apiculteurs n’ont plus d’abeille. Les aléas climatiques et autres conséquences du réchauffement de la planète n’ont pas fini de nous apporter du travail ! Les gens donnent beaucoup pour ces causes car ils ne veulent pas voir la biodiversité ou un producteur de qualité, local, disparaître. Un projet en amène un autre. Finalement nos contributeurs sont souvent urbains et cette épargne est redistribuée dans des zones rurales souvent déconnectées, un peu perdues…On essaye de dynamiser ces territoires avec des formules de paysans-boulangers ou fournil à pain dans le Vercors ! » Des projets qu’elle adore ? Il y en a tant. Peut-être celui dénommé avec humour Le berger qui dit oui et la banque qui dit non ! Un berger installé dans l’Orne, sur 81 hectares, qui devait augmenter la taille de son cheptel et donc investir pour être rentable. Blue Bees lui a prêté 40 000 euros « qu’il rembourse de-ci de-là mais il rembourse », sourit Emmanuelle. « Sans nous, il serait mort ! » Il y a également Mémé Georgette, une formidable gamme de produits bio aujourd’hui plébiscitée, mais au départ, Blue Bees a été seule à l’amorçage ! Notre directrice reconnaît que les donateurs favorisent les situations où les gens se battent ou s’installent dans des coins un peu paumés, pour reprendre des boîtes avec courage et opiniâtreté ! « Ça les fait rêver, ils sont admiratifs. Nos financeurs ne goûteront certainement jamais leurs rillettes, leur pain…mais ils ont été emportés par leurs projets et c’est ce modèle d’agroécologie qu’ils souhaitent voir se développer en France, c’est ça Blue Bees !!! »

Et d’ailleurs, amies versaillaises, un beau projet à soutenir pour les abeilles en Ile-de-France ? https://bluebees.fr/fr/project/434-jiminis


Blue Bees

2018-06-19T09:40:37+00:00

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