Confinement : la philo à la rescousse, avec Marie Robert

Héloïse de Menthière - 7 avril 2020

Le confinement ne sonne pas forcément la fin des rencontres, et, grâce aux nouvelles technologies, les échanges peuvent continuer ! Rendez-vous a ainsi été pris avec Marie Robert, philosophe, professeur de philosophie dès le plus jeune âge dans des écoles Montessori, enseignante au Lycée Montessori de Bailly et à l’université. La pétillante et inclassable auteur de “Kant tu ne sais plus quoi faire” et de “Descartes pour les jours de doute”, du compte Instagram Philosophy is sexy et du tout jeune podcast du même nom, s’est prêtée au jeu de l’interview-vidéo pour nous donner quelques conseils philosophiques en cette période déroutante.

Qu’est-ce que la philosophie peut bien nous apporter au quotidien

On voit bien les vertus de la méditation, du yoga, qui permettent de nous relaxer, ou de toute gym et activités sportives qui libèrent notre énergie. La philosophie n’a pas moins d’importance « elle est même primordiale » nous dit Marie car en période de fortes incertitudes, elle nous permet un “pas de côté”, recul nécessaire pour réfléchir sur ce que l’on vit en ce moment, et elle nous aide à repenser nos échelles de valeur, nos priorités, nous donne la possibilité de nous aligner pour mieux redéfinir le sens de nos décisions, de nos choix. 

Deux livres pour faire découvrir la philosophie autrement, édités chez @Flammarion

Prendre le temps de redécouvrir l’autre pour mieux le comprendre 

Fort bien, mais un peu théorique tout ça ! Or le talent de Marie, c’est justement de nous montrer comment la philosophie peut nous venir en aide au quotidien. Alors comment supporter le conjoint qui passe ses journées au téléphone, l’ado qui chat plus avec ses copains qu’avec la prof de maths ou les plus jeunes en surexcitation permanente ? La solution est à rechercher dans la proposition de Lévinas, en redécouvrant l’Autre. Prenez ce temps de promiscuité pour essayer de le comprendre : comprendre cette manie de marcher pieds nus chez les enfants, le besoin de sommeil de l’ado ou ces temps d’isolement de Monsieur… “Lévinas mieux qu’un Xanax“, résume ainsi Marie dans son premier ouvrage !

Quitte à faire l’expérience de l’altérité extrême (car même sous un même toit les différences sont bien présentes), alors autant en tirer partie pour s’enrichir les uns les autres de ces différences. Les interroger, leur porter de l’attention. Pour les enfants, Marie rappelle la théorie de la frite chaude, frite qui symbolise cette attention. Parce qu’ils adorent les frites, nos petits sont prêts à les manger froides, plutôt que d’en être privés. De la même façon, ils préfèreront l’attention des parents, même négative (arrête d’embêter ta sœur…), plutôt que pas d’attention du tout. Alors pour éviter d’en arriver là, accordez-leur une bonne assiette de frites chaudes, c’est à dire un pur moment d’attention, sans portable ni autre distraction… et vous verrez que cette dose d’attention positive leur permettra de vaquer à leurs occupations ensuite, en vous laissant du temps pour vous.

Des mots pour panser les maux

Comment répondre à l’enfant qui s’inquiète en pensant à la mort ? Crédit @Art shooting

Profiter de ces temps passés ensemble, trop rares habituellement dans nos vies débordées,  pour discuter, dialoguer : c’est sans doute l’autre clé, une fois passés l’interrogation et l’étonnement philosophique. C’est ce que nous invite à faire Marie, qui cite Merleau-Ponty. Même, et peut-être surtout, avec les plus jeunes, l’échange verbal est essentiel dans cette période de crise qui les touche sans doute plus que nous ne l’imaginons. “Nous sommes en guerre” a répété plusieurs fois le Président de la République, et ces mots sont d’une grande violence. “Prendre 30 minutes pour en parler avec les différents membres de la famille, pour comprendre comment chacun vit cette période me paraît essentiel”, nous dit la pédagogue Montessori. Lever le tabou qu’est celui de la mort, “ dans notre société, c’est un sujet que l’on évite”. Or ces jours-ci, nous avons tous les soirs un décompte des décès. La mort se rappelle à nous, nous avons peur pour nos proches, pour nous-même… les enfants perçoivent cette angoisse, sans pouvoir toujours mettre des mots. Peur de la mort d’un parent, d’un grand-parent… Là encore, il faut libérer la parole. Marie propose de prendre la température “comment te sens-tu maintenant”, donner un espace d’expression pour se libérer de ses peurs,  poser des questions…

Oui, mais que répondre à la petite de 6 ans qui demande “Toi aussi tu vas mourir, maman ?”  sans retenir ses larmes ?
Ne pas cacher la vérité, tout en la replaçant dans la temporalité. Et rappelez que justement parce que tout a une fin, il faut vivre le présent de façon intense” répond la philosophe. Prendre du temps pour faire une tarte aux fraises, écouter un conte sans décrocher ou jouer une partie de Monopoly palpitante… “vivre dans le flow” comme disent les Américains. A ce jeu-là, les enfants sont les rois et c’est eux qui peuvent nous donner des leçons sur le “comment vivre l’instant présent”.
Et pour parler de ceux que l’on aime et qui sont partis, donner toute sa place à la mémoire, en se rappelant des bons moments, en montrant des photos, mettre ses souvenirs en dessin : faire vivre l’être aimé et si regretté. 

De la philo à tous les âges 

Un compte Instagram et un podcast pour Marie ou la philosophie en mode 2.0 !

Alors c’est le moment, profitez de ce confinement pour mettre un peu de philo dans votre vie, avec vos enfants, les plus petits comme les plus grands. Proposez à vos ados d’écouter avec vous le podcast “Philosophy is Sexy lancé début 2020. “Sur le compte Instagram, sur lequel je poste tous les jours, je touche un certain public, averti, prêt à lire (pour la plupart) deux mille signes sur un média social dédié à l’image. L’idée du podcast est de donner un accès nettement plus facile à mes contenus. “L’oralité est à portée de tous, et notamment des collégiens et lycéens qui, une fois attrapés, sont capables d’aller très loin dans leur réflexion” explique Marie. Le rire, le dépassement de soi, la défaite, l’identité… autant de thèmes qu’elle aborde dans ses podcasts d’une durée de 15 à 30 minutes, en ligne tous les dimanches matins. 

A consommer sans modération, en particulier pendant ce temps étrange et pénétrant qui nous invite au voyage intérieur…

POUR ALLER PLUS LOIN, voici quelques liens pour découvrir tous les contenus de Marie Robert

* Les podcasts
* Le blog de l’école Montessori
* Son compte Instagram @Philosophyissexy
* Ses livres

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