C’Reparti : des loisirs créatifs éco-reponsables

Anaïs Philippon - 16 avril 2020

Ce n’est un scoop pour personne : presque tout ce qu’on achète vient de Chine. Et cette cruelle vérité se fait d’autant plus sentir en ces temps d’épidémie. En matière de jeux et de matériel pour nos enfants c’est flagrant : déguisements, jouets, déco et loisirs créatifs, absolument tout est fabriqué au pays du lagon bleu ! C’est bien ce qui chagrine Anaïs Ruzé. Cette Cheynaisienne a donc fait le pari de proposer une activité enfantine un peu plus écolo-responsable. Enquête sur C’Reparti : la nouvelle boîte de loisirs créatifs qui cartonne.

Faire sa tapisserie

Sur le site de C’Reparti on trouve des kits de punch needle ou de bracelets en macramé à réaliser soi- même. On connaissait les bracelets, mais le punch needle : jamais entendu parler ! C’est une méthode de broderie plus simple que le point de croix ou que le crochet : il suffit, avec une aiguille spéciale et un peu de laine, de piquer la toile à intervalles réguliers. On peut ainsi dessiner de jolis motifs qui apparaissent comme un point mousse à plat. Facile à faire, le punch needle est surtout très tendance de l’autre côté de l’Atlantique et commence tout juste à percer en Europe. C’est Chloé Szczygiel qui repère ça au salon du DIY et en fait part, en octobre 2019, à Anaïs, alors que les deux anciennes collègues se lancent dans un brainstorming pour trouver une idée de business. Après une mauvaise expérience sous un management malsain qui achève de les dégouter du monde de l’entreprise, elles veulent prendre un nouveau départ et surtout, trouver un job qui a du sens ! Si Chloé se lance dans une formation d’hypno-thérapeute, Anaïs, elle, rêve depuis longtemps de créer sa propre boîte.

C’Reparti – Punch Needle ©Anaïs Ruzé

Un logo sur une planète vert sapin

Étudiante à Central Lille, elle prenait déjà des cours sur l’entrepreneuriat. Douze années à travailler comme ingénieure dans différentes entreprises lui permettant ensuite de se roder sur tout type de chaîne de production : achats, appros, supply, logistique, informatique. « Je savais que je voulais une production française, et j’avais envie aussi d’une dimension sociale : faire travailler des ESAT ou des chantiers de réinsertion » raconte Anaïs. L’idée du punch needle séduit cette maman de 4 filles : « ça joignait l’utile à l’agréable avec, d’un côté, le travail de la motricité fine et de la concentration pour les enfants, la fonction apaisante et relaxante de l’activité manuelle et l’aspect beaux-arts ».  Tandis que Chloé dessine les premiers modèles, Anaïs cherche les fournisseurs. Pas évident de trouver le matériel en France : l’aiguille ne s’y fabrique plus, il faut l’acheter au Portugal, et le tambour en Angleterre, mais le lin est français et tissé dans le nord, et le manche en bois de l’aiguille réalisé par un artisan du Jura. La laine, faite à partir de vêtements recyclés, provient de plusieurs filatures françaises, et le cordon des bracelets du Puy de Dôme, à partir de bouteilles en plastique (quelle belle transformation !). Finalement la production sera au moins européenne, ouf ! Pour cocher toutes les cases, Anaïs trouve le chantier d’insertion, « de Toutes Façons » à Conflans-Sainte-Honorine, et l’ESATde L’Arche à Aigrefoin qui vont coudre le « packaging » : un joli sac en tissu pour un produit fini entièrement durable. Le tout pour une somme raisonnable comparé aux produits chinois. Et là, on applaudit, car trouver une chaîne de production écolo, locale, sociale et solidaire relève véritablement de la prouesse !

Anaïs Ruzé C’Reparti ©Art Shooting

C’est bien parti

De belles rencontres permettent à Anaïs de faire un premier test lors du marché de Noël du domaine de Madame Elisabeth, le 6 décembre dernier. Tout part, c’est un succès indéniable. L’idée, le respect de l’environnement, la démarche, tout plaît, et ce sont autant de bonnes raisons d’acheter. « Ça peut servir de déco dans une chambre, mais on peut aussi en faire un doudou en fermant la toile avec du molleton dedans, ou bien la mettre sur un coussin. Une maman m’a même dit qu’elle l’avait directement cousu sur le pull de son fils » précise l’entrepreneuse punchy. « Les enfants adorent, ça les calme, les canalise, et ils sont fiers d’accrocher au mur leur trophée » témoignent des mamans qui ont accroché (elles aussi) avec le concept. « J’apprécie ce petit moment de qualité avec mon enfant » raconte une autre. Garçon et filles semblent conquis, et les parents attendent la version adulte. Vous n’avez pas encore craqué pour Mignon le Hérisson ou Pop Corn la Licorne ? Les débutants n’ont rien à craindre : avec une petite note explicative et même des tutos sur le site, impossible de se louper ! Et une fois que vous possédez l’aiguille magique et le tambour, il suffit de se réapprovisionner en toiles et en laine uniquement ! Anaïs encourage même les plus créatifs à dessiner leurs propres motifs.

C’Reparti semble donc bien parti si l’on en croît le nombre de commandes actuelles (les livraisons continuent pendant le confinement !). Quand tout semblait fini, l’horizon bouché, Anaïs et Chloé ont su rebondir et sont la preuve qu’une mauvaise expérience peut faire advenir des rêves, être un levier pour développer ses talents, révéler en nous des ressources insoupçonnées et nous rendre capable de transformer un déchet en bracelet.
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