Le Jardin du Parfumeur
Versailles et les parfums, c’est une histoire d’amour qui dure. De Louis XIV, « roi le plus fleurant du monde » à la « Cour parfumée » de Louis XV, en passant par les senteurs florales prisées par Marie-Antoinette, le parfum fait l’objet d’un véritable engouement aux XVIIème et XVIIIème siècles. À l’occasion de l’inauguration du Jardin du Parfumeur, dans le domaine de Trianon, zOOm vous propose d’explorer le lien séculaire qui unit la cité royale et les parfums, à travers un parcours olfactif, historique et culturel.
Un nouveau jardin pour célébrer les 400 ans du château de Versailles

© Candice Rivière
2023 marque le 400ème anniversaire du château de Versailles. À cette occasion, les équipes du domaine ont souhaité mettre en lumière la place des parfums à la Cour en créant le Jardin du Parfumeur. Fin 2021, les premiers coups de pelle sont donnés face à l’Orangerie de Châteauneuf, au cœur du domaine de Trianon. C’est ici que Marie-Antoinette entreposait ses orangers chaque hiver pour les mettre à l’abri des frimas. La reine veillait farouchement sur ces petits arbres, allant même jusqu’à les faire garder nuit et jour.
Sur une surface de 9 000 mètres carrés s’épanouissent 300 espèces de végétaux qui composent la palette du parfumeur. Pour élaborer ses fragrances, ce dernier utilise non seulement leurs fleurs, mais aussi leurs feuilles (patchouli), leurs graines (carotte), leur écorce (cèdre), leur résine (benjoin), et même leurs fruits (vanille). Les roses trônent en majesté dans cet écrin de verdure. S’il en existe des centaines de variétés, seules deux sont utilisées en parfumerie : la rose centifolia, dite rose aux cent feuilles ou rose de mai, et la rose bulgare ou rose damascena. Cultivées sous abri au XVIIIème siècle – comme dans cette serre enterrée tout juste restaurée, elles fleurissaient tout au long de l’année.
Outre les roses, les plates-bandes regorgent d’œillets, d’iris, de tubéreuses à l’odeur suave très intense et de lys. Les orangers ont, eux aussi, une place de choix au cœur de ce nouveau jardin. En parfumerie, on utilise aussi bien les graines que les zestes ou les fleurs. Celles du bigaradier, par exemple, servent à produire l’essence de néroli. « C’est le cochon du parfumeur, rien ne se perd » plaisante l’historienne Elisabeth de Feydeau, spécialiste des parfums. À la fin de son règne, Louis XIV délaissera les effluves puissants à base d’ambre ou de musc pour la senteur, plus délicate, de l’eau de fleur d’oranger.
Trois jardins et un mécène

© Stéphanie Sanchez Incera – Candice Rivière
Le Jardin du Parfumeur est divisé en trois espaces à l’identité et à l’atmosphère distinctes. Depuis le « Jardin des curiosités », surplombé par un immense paulownia, on chemine « Sous les arbres » en empruntant une allée bordée de cerisiers du Japon, lilas, seringats et rhododendrons. On traverse ensuite le verger, pour atteindre le « Jardin secret », petit salon de verdure entouré d’un mur de pierre. Le banc placé sous l’immense laurier du Caucase invite le visiteur à la contemplation. Ici la nature reprend ses droits, très loin des jardins à la française et de leurs parterres tracés au cordeau. Iris, lys, œillets des poètes, vivaces, orchidées et angélique se côtoient dans un joyeux fouillis.
Ce nouveau jardin a vu le jour grâce au mécénat du parfumeur Francis Kurkdjian, qui entretient un lien de longue date avec le château de Versailles. Alors élève à l’ISIPCA, il rejoint la compagnie de danse Versailles Soleil, et se produit les soirs de Grandes Eaux. Suivront plusieurs projets, installations ou expérimentations – ses « épopées versaillaises » comme il aime à les nommer. Pour donner vie au Jardin du Parfumeur, Francis Kurkdjian a travaillé en collaboration avec l’équipe des jardiniers, emmenée par Giovanni Delù. Ensemble, ils ont choisi les essences qui composent ce tableau olfactif. Comment garantir une floraison alternée tout au long de la saison ? Quid des fleurs « muettes », celles qui, comme les jacinthes, pivoines ou violettes, dégagent une odeur puissante, mais dont il est impossible d’extraire le parfum ? Quelles variétés planter pour restituer le plus fidèlement possible les effluves des siècles passés ?
Fruit d’une double expertise, le Jardin du Parfumeur est accessible sur visite guidée. Vous y découvrirez les secrets des jardins odoriférants, et l’usage des parfums à la Cour. En parallèle, petits et grands pourront exercer leur nez et s’initier au processus de fabrication d’un parfum lors d’ateliers. Rendez-vous sur chateauversailles.fr pour réserver votre expérience olfactive.
Photo de couverture : © Candice Rivière
