Le domaine de Mme Elisabeth à Versailles : un lieu bucolique chargé d’histoire

France Martin-Monier - 3 juin 2025

Aujourd’hui, zOOm vous emmène à la découverte d’un lieu chargé d’histoire, le Domaine de Madame Élisabeth, une demeure du XVIIIe siècle nichée dans un magnifique parc à l’anglaise de huit hectares qui, bien que réaménagée, garde le souvenir de son illustre propriétaire.

Qui est Madame Elisabeth ?

Elisabeth de France en 1770 peinte par Drouais et Elisabeth de France vers 1782 peinte par Elisabeth Vigée Le Brun,© Château de Versailles, Dist. GrandPalaisRmn / Christophe Fouin et © GrandPalaisRmn (Château de Versailles) / Gérard Blot

Une petite princesse orpheline et très pieuse

Née le 3 mai 1764, dernière d’une kyrielle de princes et princesses, Élisabeth ne revêt, au berceau, aucune importance dynastique. Orpheline de père, le dauphin Louis Ferdinand, alors qu’elle marche à peine, Elisabeth voit sa mère disparaître à son tour à la fin de l’hiver 1767, elle a 3 ans. Marie-Josèphe de Saxe laisse orpheline une fratrie de cinq enfants dont l’aîné, Louis Auguste, duc de Berry, allait devenir le futur Louis XVI.

Elle est élevée avec sa sœur Clothilde, qui a 5 ans de plus qu’elle, par Mme de Marsan, gouvernante en titre des Enfants de France, et ses deux assistantes, Mme d’Aumale et Mme de Mackau. En 1775, Clotilde se marie et quitte la Cour de France et Mme de Marsan renonce à sa charge en faveur de Mme de Guéméné, sa nièce qui devient gouvernante des Enfants de France et finit l’éducation de Mme Elisabeth.

Les deux soeurs reçoivent toutes les deux une éducation moderne et pointue pour des jeunes filles de l’époque et apprennent l’histoire ancienne et moderne, l’histoire politique, l’histoire parlementaire, la philosophie. Mme Elisabeth est marquée par les écrits de Sénèque et d’auteurs plus récents comme Descartes. Babet, comme on la surnomme, aime les Sciences et est douée pour les mathématiques. Elle suit, avec cœur, l’instruction religieuse.

On dit d’elle qu’enfant, elle était très capricieuse et colérique et qu’elle va s’adoucir progressivement. Éloquente et vive quand la cause à défendre lui plaît, elle est fidèle en amitié.

Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, assistant à la distribution du lait dans sa maison de Montreuil, par Richard-Fleury (1777-1852). © RMN-Grand Palais (Château de Versailles) / Gérard Blot

Madame Élisabeth vit des jours heureux à Montreuil

Promise un temps à l’empereur Joseph, frère de Marie-Antoinette, leur union ne se fait pas. Le roi décide, pour les quatorze ans de sa sœur, de lui constituer une Maison, c’est-à-dire une quinzaine de gens d’office, lui permettant d’assumer son rang à la cour et ses obligations d’État.

Son frère lui fait ensuite le plus beau des cadeaux en lui offrant, en juillet 1783, le domaine de Montreuil. Elisabeth a 19 ans. “Vous êtes ici chez vous. C’est votre Trianon. Le roi, qui se fait un plaisir de vous l’offrir, me laisse celui de vous le dire” lui annonce la reine Marie-Antoinette.

Jusqu’à sa majorité, vingt-cinq ans à l’époque, elle ne peut y séjourner que durant le jour et doit rentrer le soir au château. Madame Élisabeth trouve dans le Domaine de Montreuil un refuge où 6 ans durant, elle vit les moments les plus heureux de sa vie entourée d’amies inséparables. Passionnée par l’équitation, la chasse, la pêche à la ligne dans la rivière artificielle, la botanique, elle y mène une vie simple de lectures, de promenades, elle peint et fait des travaux de broderie. Elle s’attache les habitants du village par ses actions de charité. On l’appelle la “Bonne Dame de Montreuil”.

Elle visite les malades chaque mardi. Elle distribue du lait aux enfants et aux pauvres. Elle fait pour cela venir des vaches suisses accompagnées de leur vacher Jacques Bosson. Elle aménage un potager et un jardin médicinal, comptant des plantes rares que le grand botaniste Louis Guillaume Le Monnier, médecin des Enfants de France, fait venir de pays lointains et elle crée un dispensaire pour soigner les malades.

La Révolution met fin à ses moments de sérénité. Fidèle à sa famille, Madame Élisabeth refuse d’émigrer et suit Louis XVI et Marie-Antoinette dans leur tragique destin, jusqu’à son exécution le 10 mai 1794 à l’âge de 30 ans. Madame de Genlis, romancière, rapporte dans ses Mémoires qu’une odeur de rose s’est répandue place de la Révolution au moment de son exécution.

Quelle est l’histoire du domaine et de son parc ?

© France Martin-Monier, Domaine de Mme Elisabeth, le parc

Une histoire mouvementée

Au XIIe siècle, Montreuil est une modeste seigneurie appartenant déjà au Roi et possédant un petit manoir entouré de prairies, bois et marais. C’est un village qui ne sera rattaché à Versailles qu’en 1787. Cette campagne devient la promenade à la mode des Versaillais.

La formation du domaine de Montreuil est l’œuvre de la princesse de Rohan-Guéméné qui souhaite une demeure à la campagne dans le quartier de Montreuil pour passer la journée au jardin et revenir le soir au Château de Versailles assurer ses obligations de Cour. Elle achète des parcelles et fait agrandir et meubler la maison qui s’y trouve déjà, fait construire l’Orangerie qui subsiste encore aujourd’hui et aménage le jardin.

Le prince et la Princesse de Rohan-Guéméné font banqueroute en 1782 et vendent le domaine à Louis XVI pour 80 000 livres avec tout ce qu’il contient et Louis XIV l’offrira donc à Mme Elisabeth en 1783. La maison est vendue aux enchères et le terrain morcelé pendant la Révolution. Elle devient un hôpital militaire, une manufacture d’horlogerie jusqu’en 1801 puis un collège technique. Au milieu du XIXe siècle, un banquier rachète le domaine et le reconstitue. Plus tard, une propriétaire va retrouver l’ensemble du mobilier et des objets de Mme Elisabeth puis sa petite fille en fait don au Louvre. La maison échappe ensuite à un projet immobilier.

Le centre de la maison et les trois pièces au milieu sont celles qui datent de l’époque de Mme Elisabeth. La maison garde une allure néoclassique qui correspond au goût de l’origine et le portique (la petite colonnade) est considéré comme authentique, mais n’était pas forcément sur cette façade. Les deux gros pavillons de côté sont du XIXe siècle.

À l’intérieur, au centre de la maison, on peut évoquer Mme Elisabeth avec sa chambre à droite, le salon turc au centre qui donne de plain-pied sur le jardin qui était un salon de jeux, tendu de toile de Jouy en vert sur fond blanc, et le salon de musique à gauche. Ces pièces correspondent au plan d’origine. Quatre boiseries très fines de dessus de porte représentant en relief des objets de jardinage et datant du XVIIIe siècle ont été extraites de la demeure d’origine et placées dans des pièces qui n’existaient pas à l’époque.

© France Martin-Monier, Domaine de Mme Elisabeth, allée de tilleuls et l’Orangerie

Un parc à l’anglaise

Dessiné entre 1772 et 1782 par Alexandre de La Brière, architecte du roi, le parc fut un des plus beaux jardins anglais de son époque. C’est une réussite pour l’architecte qui est parvenu à aménager un potager, un jardin anglais traversé par une rivière coulant entre monts et rochers mais également deux grottes dans seulement huit hectares.

Au XVIIIe siècle se trouvaient des fabriques de jardin inspirées de l’Antiquité, rotondes ou temples ou des pays exotiques, telles que des pagodes ou de la Nature comme des grottes, la rivière, et l’île. Il y eut même une montagne de 10 mètres de haut d’où l’on pouvait voir Paris.

Le parc était bordé au nord par une laiterie et une vacherie, aujourd’hui disparues, ainsi que par l’Orangerie.

À l’est, se trouvait la rivière d’agrément, enserrant une île et se jetant dans une grotte qui existe encore et que j’ai pu découvrir au fond du parc au bout de l’allée des tilleuls. Aujourd’hui, il est possible de rêver à la suite de Mme Elisabeth en suivant cette promenade de tilleuls le long de l’avenue de Paris, promenade qui a gardé le tracé d’origine.

Au XIXe siècle, de nouvelles plantations sont faites comme des hêtres pourpres et en 2019 est planté un cèdre du Liban.

© Domaine de Mme Elisabeth

Depuis 1983, propriété du département, le lieu se loue pour des événements et a été remanié, car l’endroit était très délabré. L’Orangerie a été rachetée en 1997, elle ne se visite plus mais s’admire de l’extérieur. Le parc est entretenu par des équipes en réinsertion du département et de façon écologique sans pesticides et via de l’éco-pâturage. Le potager alimente une partie des cuisines du Georges V à Paris. Les communs qui sont d’anciennes écuries permettent de stocker les équipements techniques et d’accueillir le personnel nécessaires à l’entretien du parc.

Merci à Mickaël Duval, responsable du pôle gestion et valorisation du Patrimoine naturel du Département des Yvelines, qui m’a fait découvrir le domaine avec passion.

Domaine de Mme Elisabeth | 73 avenue de Paris à Versailles | 01 39 07 78 78 | Facebook | Instagram 
Le Domaine est ouvert tous les jours de 11 h à 20 h du 1er avril au 30 septembre et de 11 h à 18 h du 1er octobre au 31 mars.

Photo à la une © Domaine de Mme Elisabeth, bâtiment principal avec le portique originel.

L’architecture vous intéresse ? Retrouvez nos articles sur des maisons versaillaises : l’Hôtel de Bouillon qui date de 1670, la maison d’Édouard Charton au 15 de la rue du même nom et dont l’origine remonte à 1757, date de la construction du logis de l’apothicaire de Louis XV, puis celle du 6 rue Solférino construite dans le quartier de Clagny en 1858 dans un style néo-classique, et la maison Drusch construite de 1963 à 1965 par Claude Parent et située au 38 avenue Douglas Haig, enfin celle du dessinateur Cassandre construite par les frères Perret au 11 rue Albert Joly, et enfin les maisons Bachelin. Retrouvez également notre article sur les oeils-de-boeuf.

 

 

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