zOOm sur Léon Bachelin, l’architecte des meulières versaillaises d’inspiration Art Nouveau

Eléonore Boutillot - 18 février 2025

Qui s’est intéressé aux maisons versaillaises, au détour d’une recherche immobilière ou lors d’une visite chez des amis, n’a pas pu passer à côté des nombreuses meulières qui fleurissent à Versailles. Et notamment les «maisons Bachelin», toujours identifiables par une frise de style Art Nouveau et la signature de l’architecte versaillais.
 Mais qui est donc Léon Bachelin ? Quelles sont les particularités de ses fameuses «maisons Bachelin» ?

Qui est Léon Bachelin ?

Une maison réalisée par l'architecte Léon Bachelin

©ArtShooting

A la fin du XIXème siècle, portée par l’essor du chemin de fer vers l’Ouest parisien, l’urbanisation de Versailles bat son plein. Du pavillon populaire aux demeures cossues, la demande de logement est exponentielle.
 C’est dans ce contexte qu’a sévi Léon Bachelin, cet architecte discret mais très prolifique, entre 1880 et 1914.
Il naît à Paris en 1867. Sa famille déménage à Versailles, lorsque Léon est encore en bas âge. Son père s’y installe comme marchand de vin. Bachelin fait son apprentissage au cabinet d’architecture familial Petit en Seine et Oise. Dans ce contexte, il travaille au côté de l’architecte municipal de la ville de Versailles et participe à plusieurs chantiers, dont l’agrandissement du palais de justice. Il prend son indépendance et s’installe Boulevard de la République dans le nouveau quartier de Montreuil, dont il accompagnera l’urbanisation. Il va construire, en 40 ans de carrière, pas moins de 400 maisons à Versailles et les communes alentour, et devient l’architecte de la maison bourgeoise versaillaise type.

Qu’est-ce qu’une « maison Bachelin » ?

Détails de maisons Bachelin

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La plupart des maisons construites par l’architecte sont d’abord reconnaissables par une plaque mentionnant «L. Bachelin, architecte, Versailles». Elles sont toutes en pierre de meulière.
Leur façade est généralement ornée de frises dans le style Art Nouveau, de plaques de grès émaillés ou de céramiques multicolores portant le nom de la maison. Les décors comportent des motifs végétaux ou d’animaux, les villas portent des noms de fleurs, d’arbres ou de lieux de villégiature , tels que « Les mimosas », « Le gui », « La Bretagne », « Les hirondelles »… choisis par les propriétaires. Tous ces détails créent ce charme unique empreint des goûts de la Belle Epoque.
Ce que l’on sait moins, c’est que Bachelin avait créé un modèle de base à partir duquel il modulait l’agencement en fonction des besoins de chacun et qui pouvait s’adapter facilement aux petits terrains des maraîchers. Le plan classique se compose d’un rez-de-chaussée de forme carrée avec séjour, salle à manger, cuisine et office, un étage avec trois chambres et une salle de bains, et un dernier étage en comble avec des chambres de service.

Une production locale

détails de plaques en émail de maisons Bachelin

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Tout d’abord, la meulière est extraite dans les carrières voisines. Bon marché, solide et légère, elle s’adapte à toutes les constructions. Elle est constellée d’alvéoles et imperméable, elle isole donc naturellement le bâti. Ensuite, Léon Bachelin fait travailler sa famille et toujours les mêmes entrepreneurs versaillais, tels que A.Magnard, Carré ou Lucas, dont les noms apparaissent parfois sur les façades. Pour les décorations murales, Bachelin présente à ses clients les catalogues des deux plus importantes faïenceries de la région situées à Choisy le Roi. D’abord la tuilerie Gilardoni fils, Brault & Cie dont on peut voir un extrait de catalogue datant de 1903. La seconde n’est autre que la manufacture H. Boulenger, à l’origine des célèbres carreaux de grès émaillé blanc des stations de métro parisiennes. Cette dernière est florissante à la fin du XIXème et a atteint une capacité de production industrielle. Tout ceci permet à Bachelin de contrôler au mieux les coûts, la technique et les délais et lui permet cette abondance et cette diversité de bâtis.

Maisons Bachelin, des matériaux produits localement

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Pour la petite anecdote, Léon Bachelin construit son imposante maison familiale « La Tourelle »en 1907. Elle est située au 35 rue de la Bonne Aventure. Pour son propre usage, il n’utilise pas la Meulière, ni les détails en céramique Art Nouveau mais la brique et une ornementation abondante en pierre sculptée. A partir de 1910, cette incartade ne sera pas la seule. L’architecte évoluant avec son époque, il ira même jusqu’à des ferronneries teintées d’Art Déco. Mais les commandes de maisons en meulière continueront à affluer jusqu’à la reprise de l’agence par le gendre de Bachelin en 1929.

Ces productions Bachelin font aujourd’hui toujours rêver et ont résisté élégamment à l’usure du temps, rappelant à chacun une vieille maison de famille.

Partons à la recherche de maisons Bachelin

Par une journée ensoleillée, pourquoi ne pas vous lancer dans une randonnée urbaine dans le quartier de Montreuil à Versailles à la découverte des maisons Bachelin : au départ de l’avenue des Etats-Unis, admirez les nombreuses Meulières du Boulevard de la République, poussez jusqu’au 35 rue de la bonne aventure pour observer la maison familiale de l’architecte, puis tournez dans la paisible rue Louis Hervé, rue Georges Guynemer et enfin rue Henri Simon où « la Bretagne » et « Les Hirondelles » vous attendent. Une petit marche jusqu’au 8 du rond-point des Condamines vous mènera à l’un des rares immeubles édifiés par Bachelin.

Si l’architecture vous intéresse, retrouvez nos articles sur la maison Cassandre, où vécut l’artiste Adolphe Mouron, sur la maison d’Edouard Charton datant de 1757, ou sur celle du 6 rue Solférino. Ou sinon notre article sur les œils-de-bœuf.

Sources : «Versailles, 1900-1930, Art Nouveau – Art Déco», Maurice Culot et Charlotte Mus, éditions AAM.
«La belle meulière, reine d’un autre Versailles», PAJ.

Crédit photo à la une : ©ArtShooting

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